Laurent Gaudé s’empare de l’histoire des printemps arabes et fait vibrer de nouveau l’embrasement des foules au fil de ses mots, il décortique le mécanisme de la révolte qui aboutira à l’un des plus impressionnants mouvements de contestation dans une fresque polyphonique passionnante. « Et les colosses tomberont » le récit d’une petite étincelle qui devint flamme incandescente.

« Comment ça grossit maintenant, dépassant tout ce que l’on pouvait imaginer, s’étendant de ville en ville, de région en région. On parle d’abord de manifestations mais le mot n’est pas assez grand. On parle de révolte mais le mot n’est pas assez définitif.
Comment ça se met à parler de nous alors, partout, sur les chaînes du monde entier. Tunis devient la capitale de quelque chose qu’il reste à nommer.
Comment nous ne pouvons plus reculer, parce que nous sommes ivres de ce qu’il se passe tout autour de nous.
Comment ça s’embrase littéralement pour devenir, sans que plus personne ne puisse en douter, le début d’une révolution. »

Tout part d’un homme, un seul homme que la vie malmène. Dans son pays où la corruption règne, il lui est de plus en plus difficile de gagner sa vie. Encore une arrestation, pour rien et il lui est impossible de se relever d’un énième face-à-face tendu avec la police. Alors dans un geste de folie, au milieu de la rue et des passants , désespéré Mohamed Bouazizi s’immole par le feu. Son nom résonnera dans le monde entier et avec lui les voix de milliers de jeunes maghrébins fatigués de se taire, de courber le dos, un peuple entier qui se révoltera contre le pouvoir en place. Laurent Gaudé met au service de cet épisode historique son écriture si reconnaissable, à chaque instant le souffle épique de la révolution en marche transporte. Le récit est polyphonique, croisant les destins et les points de vue avec brio faisant ressentir au lecteur l’énergie fulgurante de cette transformation profonde des mentalités. Les mots pèsent ici autant que les revendications des révolutionnaires, la colère gronde dans la rue et dans les pages, l’on en ressent à chaque ligne sa force colossale. Laurent Gaudé n’en oublie pas pour autant cette poésie qui le caractérise, à travers notamment le personnage de l’enfant aveugle le lecteur est entraîné dans une atmosphère plus lyrique, qui transfigure la beauté du combat et de la violence. « Et les colosses tomberont » nous raconte la révolte, nous exhorte de ne pas oublier, mais bien de prendre de la hauteur, du recul et surtout, surtout de ne pas renoncer.

Audrey Jean

« Et les colosses tomberont » de Laurent Gaudé

ISBN 978 2 330 10349 1
12€

Actes sud-papiers

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