David Léon signe un nouveau texte intitulé « Neverland » et récemment paru aux Éditions espaces 34. Il s’agit là d’une errance, étrange et embrumée, un voyage fantasmagorique aux confins de la violence, avec en point d’orgue la figure mythique de Michael Jackson et tout ce qu’elle comporte de mystère. Un récit exigeant à la dramaturgie éclatée, un texte lourd d’horreurs cachées oscillant entre rêve et réalité comme pour mieux aborder des thématiques insupportables.

« J’ai eu envie de l’imiter au plus jeune âge j’avais 5 ans c’est toute ma vie depuis tout petit j’ai travaillé sur Mikaël sa main gantée d’étoiles pailletées j’étais illuminé par son aura des heures entières à l’imiter à répéter pour ma transformation j’ai pris les traits et la figure du vrai Mikaël (…) »

C’est comme un rêve, une quête ou une traversée étrange, ou alors c’est un lieu, perdu, noir, un lieu imaginaire peuplé de créatures en errance et en souffrance. Adolescents, star déchue, sosies hideux, bourreaux et victimes se croisent ici dans un récit en fragments, écrit sans respiration, presque sans ponctuation. Une douleur déversée comme dans un cauchemar, contagieuse et dévastatrice , coulée d’immondices saccadée et brûlante comme de l’acide.

Il y a toujours chez David Leon un travail soigné autour du langage, « Neverland » ne déroge pas à cette règle opposant dans la construction du récit plusieurs formes d’oralité. Ainsi on notera une forme d’abstraction dans les scènes concernant les adolescents, une distance nécessaire mais brutalisée par une musicalité particulière et saccadée, un rythme lancinant grâce auquel le lecteur devine en pointillés les violences cachées. Les questions de l’identité, de l’inceste ou de toutes autres formes de blessures infligées au corps d’autrui se trouvent ainsi transcendées, poétisées en quelque sorte ce qui permet au public de pouvoir les affronter. Pour autant David Léon ne nous épargne pas et l’on perçoit en filigranes les marques indélébiles sur ces âmes d’enfants, les meurtrissures vissées dans les chairs et les corps, et le poids des non-dits. Pour alléger la structure narrative cependant, les témoignages des adolescents sont entrecoupés de scènes de décryptage de la personnalité même de Michael Jackson, des études scientifiques et sociologiques au langage surprenant,drolatique, des parenthèses qui tranchent radicalement l’atmosphère pesante grâce à un rythme particulièrement nerveux. La partition prend ainsi la forme d’un kaléidoscope complexe d’où se détache comme sortant d’une brume épaisse et asphyxiante la silhouette d’un fantôme envahissant, monstre difforme, enfant laid et malade, vomissant par soubresauts nos vices les plus sales comme pour nous en vider. Enfin.

Audrey Jean

« Neverland » de David Léon

ISBN 978 2 84705 148 3
13 €

Éditions espaces 34

 

 

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