Le septième Kafana paru aux Editions «l’Espace d’un instant » constitue un choc théâtral violent dont on ne sort pas indemne. Cet ouvrage recense un ensemble de témoignages de six femmes qui ont réchappé à l’enfer de l’esclavage. Recherchant des revenus décents, ces femmes se sont fait piéger et ont été vendues à des marchands d’esclaves comme de vulgaires marchandises. Ce trafic, dont la traçabilité peut être observé en Europe Occidentale (les pays Balkans, l’Albanie, l’Italie, La Belgique et la France), a pris tout son essor avec la guerre des Balkans rendant les frontières poreuses. Ce recueil de témoignages constitue un cri sur l’horreur que vivent ces femmes victimes de ces réseaux d’esclavages organisés au cœur de l’Europe et au XXIe siècle ! Ce livre, fruit d’un formidable travail d’investigation par trois auteurs et metteurs en scène roumains Dumitru Crudu, Nicoleta Esinencu et Mihai Fusu, appelle au réveil des consciences face cette barbarie moyenâgeuse. 

« La journaliste : je suis journaliste. Il y a quelques temps, j’ai commencé à m’intéresser au problème du trafic d’êtres humains….J’ai rencontré des victimes. Leurs témoignages ont transformé ma vie. Mon regard sur le monde a complètement changé…J’ai demandé à chacune d’elles qu’elles me racontent leurs histoires. Souvent, les histoires qu’elles trouvaient drôles, en fait, étaient très tristes. »

Qu’est-ce qu’un « kafana » ? Un lieu traditionnel de rencontres dans les anciennes l’Empire Ottoman qui désigne un bordel. « Sept kafanas, c’est le nombre d’établissements que peut supporter une femme avant de perdre la vie ou de sombrer dans la démence ». Si la guerre des Balkans fut le lieu privilégié en Europe du trafic d’armes et de drogues, il n’en demeure pas moins que le trafic d’êtres humains s’y est adjoint en apportant d’importantes ressources financières à des groupes mafieux bien organisés. Ceux-ci opèrent parfois avec la complicité de certains responsables (comme c’est le cas en Albanie par exemple). Le cauchemar vécu est tel que les rares femmes qui ont la possibilité de revenir chez elles renoncent de peur d’affronter le déshonneur et l’opprobre de leurs proches. Leurs tortionnaires les obligeant à commettre des actes illicites, brisant ainsi leur identité et leur dignité.

« La première femme : Quand je voyais des hommes, j’avais un choc. Je tremblais. Je criais, et je ne pouvais pas me calmer. Après, j’ai compris que ça ne servait à rien. 

La deuxième femme : Il m’enfermait au sous-sol. Le matin il me donnait une tartine. Chaque jour, je couchais avec dix-huit hommes, et le soir…une autre tartine… »

 Kafana

« La première femme : dans  le kafana, il y avait une fille. Elle avait seulement treize ans.

La deuxième femme : Quand ils l’ont amenée, elle était vierge.

La troisième femme : Elle est devenue folle. Elle faisait des bêtises, elle se déshabillait et dansait toute nue.

La quatrième femme : Parfois elle restait des jours entiers sans bouger, à regarder au plafond.

La cinquième femme : Un jour elle est partie dans la salle de bains, elle a mis la couverture dans la baignoire, elle s’est couchée et elle a laissé l’eau couler. »

 

Les chiffres donnent le tournis tellement la situation de ces femmes est grave. Les ONG évaluent à 30.000 en 2001 le nombre de prostituées albanaises hors de leur pays, notamment en Belgique ou en Italie. Les foyers en Albanie qui se sont constitués pour recueillir ces femmes, apportent leur lot de témoignages inquiétants. Certaines filles préférant se suicider, ne supportant pas ce qu’elles ont devenues. Chez elles, la violence sexuelle entraine des traumatismes psychologiques importants. D’autres ayant subis des avortements successifs ne pourront plus avoir d’enfants.

 

Ce recueil de témoignages élaboré par ces trois auteurs roumains se doit de résonner dans le silence inhumain de l’indifférence !

 

 Laurent Schteiner

 

Le spetième kafana de Dumitru crudu, Nicoleta Esinencu et Mihai Fusu

Traduction de Danny Aude Rossel avec la collaboration de Mihai Fusu

 

 

Prix conseillé : 10 €

ISBN : 2-915037-10-8

Crédit photo : Ben Hansen

 

Editions l’Espace d’un instant

Maison d’Europe et d’Orient

3 passage Hennel, 75012 Paris

http://sildav.org/

LE  SEPTIÈME  KAFANA  SE  JOUERA  AU  THÉÂTRE  DE  L’OPPRIMÉ  DU 24 AVRIL  AU  5 MAI 2013

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