Les Éditions théâtrales nous proposent un nouveau texte issu d’une écriture collective portée par Dominique Dolmieu, Bleuenn Isambard et Mouradine Olmez. « Vivra » retrace sous la forme d’un théâtre documentaire les horreurs survenues lors d’une prise d’otages sanglante en Ossétie-du-Nord. Une plongée dévastatrice aux confins de la folie des hommes, pour que surtout la vérité jaillisse et nous éclabousse.

« Le Juge : Passons à l’interrogatoire des victimes. Veuillez, s’il vous plait, vous présenter. Et indiquez qui, parmi vos proches, était présent dans l’école, et ce qui leur est arrivé. 
Celle qui reste : Je suis celle qui reste, celle qui a survécu alors que les autres sont morts, celle qui y a échappé, celle qui se souvient, celle qui veut la vérité. » 

Nous sommes à Beslan, ce 1er septembre 2004. Des terroristes envahissent une école en ce jour de rentrée scolaire, leur revendication est en apparence simple le retrait des Russes en Tchétchénie. Pendant trois jours entiers ils occupent l’école, entassant dans un gymnase sans eau ni nourriture plus d’un millier d’enfants et d’adultes. L’assaut des forces russes sera fatal et l’issue terrifiante, 334 morts dont 186 enfants. Comment dire l’indicible ? Tout l’enjeu de ce texte est de mettre en lumière cet événement sidérant d’horreur afin que jamais nous n’oubliions ce dont les hommes sont capables.

Le texte est ici avant tout remarquable sur sa forme. En effet étant basé sur des faits réels et mettant en scène l’aspect extrêmement concret d’un procès d’assises il est poisseux par endroits et n’épargne en rien le lecteur sur la teneur profondément immonde de la prise d’otages. Pourtant il s’en détache aussi une forme d’onirisme, de poésie, notamment grâce à l’introduction de personnages tels que Le choeur des enfants morts ou encore Celle qui reste. Il ne s’agit pas pour autant d’une distanciation face à l’horreur mais bien d’une poétisation de la violence, un lyrisme de l’indicible. La collaboration entre les différents auteurs, venant d’horizons différents donne véritablement lieu à la naissance d’un objet théâtral hybride qui va droit au coeur de sa mission. Dire le mal. Énoncer les faits. Chercher la vérité. Se souvenir toujours des monstruosités passées pour que jamais elles ne se reproduisent. Encore et encore, en vain peut-être, mais surtout, surtout continuons d’essayer.

Audrey Jean

« Vivra » de Dominique Dolmieu, Bleuenn Isambard et Mouradine Olmez 

ISBN 978 2375 72 0011

12,50 €

Éditions l’espace d’un instant

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