Dans la cour des 3 coquins de Clermont-Ferrand l’agitation et la créativité sont à leur paroxysme. Tous s’activent en effet pour la création du festival évènement « La cour aux ados », un festival atypique sous la houlette de Jean-Claude Gal du Théâtre du Pélican qui fédère cette année autour de lui pas moins de neuf textes d’auteurs contemporains écrits pour l’occasion ainsi que plusieurs structures de théâtre jeune public. Bien avant qu’un millier de jeunes n’envahissent la cour nous avons eu la chance d’assister aux répétitions et autres préparatifs de ces joyeuses festivités qui auront lieu du 31 mars au 4 avril. Retour sur une journée passionnante !

C’est avant tout un lieu assez atypique la cour des 3 coquins, un lieu clos et en même temps on ne s’y sentira jamais enfermé tant les énergies circulent, tant le mouvement y est permanent. Tout le monde en effet s’affaire déjà à sa mission, là dans l’atelier de construction on peint, là on transforme le plus grand espace de la cour pour accueillir la foule à venir, là pour un des groupes de jeunes comédiens la pause déjeuner a lieu dans le grand foyer, tandis qu’un deuxième groupe d’adolescents se prépare à rejoindre sa répétition sur l’un des plateaux. Ça gesticule de tous les côtés, ça rigole sur plusieurs tonalités, ça se concentre dans quelques coins, du sourire surtout, partout. Ils sont investis ces adolescents et ça c’est ce qui  transpire immédiatement sur les murs du lieu, ils sont concernés, ils sont à la hauteur de l’enjeu que l’on place en eux car ils ont des choses à dire, des sentiments à explorer, des paroles à libérer et leur place à trouver.

 « Un autre intérêt du travail avec des adolescents concerne l’apprentissage d’une langue jusqu’alors inconnue pour la jeunesse : celle du plateau. En effet, la langue théâtrale prend tout de suite des valeurs étranges auprès des jeunes. De par sa structure, sa « façon de s’exprimer », sa composition dramaturgique et l’importance qu’elle donne aux mots, un caractère quasiment sacré et intouchable l’entoure, l’auréolant d’une grande puissance émotionnelle. Elle fait réagir immédiatement les jeunes, les plonge dans une forme de lucidité ou de maladresse mais ne leur reste jamais insensible. C’est leur premier regard sur une autre façon d’exprimer son rapport au monde. Et cela les intéresse. » Jean-Claude Gal/ extrait de « Un théâtre et des adolescents »

L’enjeu est unique à vrai dire, le festival organisé par le Théâtre du Pélican est en effet particulièrement radical dans son engagement, il s’agira d’un théâtre de, par et pour la jeunesse. Ainsi la construction de cette synergie autour de l’adolescence est complexe, c’est un maillage dense qui se resserre autour de l’éducation artistique et met en œuvre beaucoup de savoir-faire et tout autant d’intervenants. La première étape consiste à détacher une thématique commune qui servira de fil rouge à la programmation du festival et cette saison point trop n’en faut il sera question de jeunesse et de philosophie. Neuf auteurs et autrices interviennent alors, écrivant pour l’occasion des textes inédits que les équipes se partageront ensuite au plateau, chaque metteur en scène dessinant avec les adolescents les lignes d’un univers commun. On retrouve pour cette 3ème édition des auteurs emblématiques du théâtre pour la jeunesse, Catherine Benhamou, Solenn Denis, Gilles Granouillet, Sebastien Joanniez, Sylvain Levey, Ronan Madec, Dominique Paquet, Nadège Prugnard et enfin Gwendoline Soublin. La diversité des univers et des langues est d’une richesse qui ne fait pas peur une seconde, ni aux metteurs en scène ni aux futurs interprètes. Bien au contraire l’envie, la gourmandise, et l’enthousiasme sont présents sur tous les visages que nous avons croisé dans la cour. On comprend vite que pour eux ce n’est pas qu’un jeu, ce n est pas que du jeu, ils perçoivent et rendent à la perfection l’importance de ces textes écrits pour eux. L’approche pédagogique y est assurément pour beaucoup, elle fait la part belle à l’incarnation de ces mots, en travaillant en amont la résonance personnelle de ces textes pour les apprentis acteurs, elle facilite l’appropriation essentielle ici pour que les jeunes s’emparent avec fulgurance de thématiques qui les touchent au coeur, avec aussi tout ce que cela comporte de doutes, de pudeurs, et de fragilités. Chacun avec ses motivations, son parcours, apporte alors une pierre à cet édifice circulaire dans une forme de partage et de simplicité très touchants; il règne à la cour un je-ne-sais-quoi d’optimisme, d’utopie et de joie pure.

« L’aventure artistique va donc les aider à chercher et à exprimer un certain nombre de strates dans l’apprentissage du texte contenues dans les mots et hors des mots, à s’en emparer et à répandre leur force sensible dans un spectacle. Les premières lectures laissent des paroles éteintes, des intentions peu visibles ou à peine ébauchées. Les adolescents ne peuvent et ne savent pas les déchiffrer, en faire une matière vivante. Encore moins parler de dramaturgie, comprendre l’évolution de la pièce. Ce langage, aussi simple soit-il, va se démultiplier dans leur bouche, et pas seulement sur le plateau du théâtre. Mais il va falloir l’apprivoiser, le contenir, le maîtriser et le dominer. L’adolescent en fera sa nourriture artistique. » Jean-Claude Gal 

Après l’effervescence des créations en cours, les présentations des étapes de travail des uns et des autres, et l’heure du goûter, sacro-saint moment de convivialité, la journée laisse planer l’impression délicieuse d’avoir rencontré les membres d’une gigantesque et turbulente famille. Entourée de bienveillance, dans une atmosphère ludique et pour autant studieuse, précisément auréolée de ce sérieux que prennent les adolescents lorsqu’ils sont engagés, la cour se calme nous laissant impressionnés par ces acteurs en devenir, par leur envie, par leur curiosité et par la pédagogie déployée tout autour d’eux dans ce lieu qui fait converger  tant de bonnes ondes. On est comme eux, impatients de naviguer au gré des espaces de la cour des 3 coquins, d’entendre ces textes résonner, de voir exister des formes variées, des impromptus, des univers visuels d’une grande diversité, impatients de ressentir ce trouble, cette excitation. Tellement impatients qu’on ira, nous aussi, à la cour revivre à leur côtés un peu de cette douce folie qu’est l’adolescence…
Pour aller plus loin dans la découverte de cette si belle démarche pour la jeunesse profitez en pour lire ou relire « Un théâtre et des adolescents tome2 » paru aux éditions théâtrales, une référence en la matière !

Audrey Jean

Festival La cour aux ados #3

Du 31 mars au 4 avril
Cour des 3 coquins
Espace Nelson Mandela
Clermont Ferrand

https://www.theatredupelican.fr

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