Jean-Marie Piemme présente sa dernière création dans le Off du festival d’Avignon au sein de ce tout nouveau lieu qui affiche par ailleurs une programmation des plus alléchantes, le Théâtre 11 Gilgamesh Belleville. « La vie trépidante de Laura Wilson » retrace au travers d’un récit nerveux  le parcours chaotique d’une héroïne ordinaire. Une composition en fragments où la narration circule librement, avec une énergie folle, à l’image des notes de guitare électrisantes qui ponctuent cette intrigue à la Ken Loach.

Laura est licenciée. C’est d’un banal. La suite aussi finalement, histoire d’une chute, d’une spirale infernale comme il en existe de plus en plus au coeur de notre société déshumanisée et précaire. Plus de revenus, plus de logement. Premier stade. Et puis d’un coup plus de mari non plus, et plus d’enfant, elle perd la garde de son fils. Deuxième stade. Et il y en a d’autres des stades, des étapes dans cette galère infinie, des rejets quotidiens, des appels au secours, des amis qu’on interpelle, des portes qui claquent. Mais Laura a de la ressource, face à un tableau de Brueghel elle trouve en elle l’énergie du désespoir, cette dernière force qui va la pousser à se battre. Encore. Toujours.

Au terme d’une scène d’ouverture réjouissante où Laura fantasme les différentes manières d’assassiner son patron, toutes inspirées d’ailleurs par de grandes séquences de films, le spectacle ne cessera jamais sa course effrénée pour sauver le destin de son héroïne. La construction même du récit composé d’une narration mouvante ainsi que les changements de rythme dûs aux intermèdes musicaux donnent à l’ensemble un aspect cinématographique, feuilletonesque, une forme haletante et tentaculaire. Il en est ainsi de la vie de Laura, à chaque jour une nouvelle galère, comme si au fil du récit elle s’enfonçait de plus en plus dans un trou devenu abyssal. Le temps devient ainsi un personnage à part entière, un démon survolté qui se joue des autres, les met à sa merci et Laura devient une victime de sa propre destinée. Jean-Marie Piemme construit ainsi son portrait, décousu, en morceaux, en puzzle à reconstituer transformant la trajectoire d’une femme ordinaire en une vie de princesse déchue. La mise en scène est soignée, diablement efficace, elle renouvelle en permanence la tension du récit, faisant parfaitement circuler les mots, les sons, les images. Jean Boillot pour sa quatrième collaboration avec l’auteur belge réussit par sa maitrise de l’espace scénique à dessiner avec malice ce kaléïdoscope complexe. Laura Wilson, sous sa direction est une héroïne fascinante, une de ces combattantes la rage au ventre que l’on pourrait rencontrer chez les frères Dardenne. Isabelle Ronayette s’empare du rôle avec fougue, arrogante et désespérée, elle est toutes les facettes de cette femme à la fois. Elle est accompagnée au plateau par Philippe Lardaud et Régis Laroche, les deux comédiens interpréteront tous les autres personnages croisés sur la route tortueuse de Laura avec brio. Enfin le musicien Herve Rigaud fera le lien musical, il sera cette présence sonore et originale, une voix de conteur un peu décalée pour servir la dimension étrange du récit. Un concert-théâtralisé particulièrement trépidant donc !

Audrey Jean

« La vie trépidante de Laura Wilson » de Jean-Marie Piemme 
Mise en scène Jean Boillot 
Pièce pour 3 acteurs, 1 musicien et 1 coeur

Avec Philippe Lardaud, Regis Laroche, Herve Rigaud et Isabelle Royanette

Festival Off d’Avignon 
Théâtre le 11 Gilgamesh Belleville à 15H40 

 

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