Le festival Traits-d’union bat son plein en ce moment à Ivry et nous avons un nouveau coup de coeur pour le spectacle « Le Misanthrope » une adaptation portée par La première bande. Rappelons-le ce festival organisé par La compagnie Les entichés et le Théâtre El Duende célèbre la jeune création en donnant aux compagnies durant quelques semaines l’opportunité de réaliser leurs premiers spectacles dans de bonnes conditions notamment en matière de diffusion. On y trouve des propositions diverses et enthousiasmantes, et une atmosphère pour le moins sympathique et bienveillante. Ce misanthrope se distingue en tous les cas par la qualité de son travail sur la langue et la présence d’un Alceste admirable.

« Le Misanthrope » ne fait pas partie des pièces les plus jouées de Molière, pour autant à l’instar de toutes les autres, elle résonne férocement avec les turpitudes de notre société. D’autant plus lorsqu’on l’observe par l’angle choisi par Marie Benati et Déborah Chantob à savoir celui d’une tragédie dérisoire, l’histoire d’un raté, et de plusieurs égoïsmes qui se rencontrent sans s’écouter. Alceste insatisfait chronique, révolté par nature, cultive son incompatibilité au monde. Seul son amour pour Célimène semble encore pouvoir encore le retenir de vivre en ermite. Célimène, elle, est éprise de liberté, jouisseuse affamée, et par la même incapable de choisir précisément ce qui pourrait bien la rendre véritablement heureuse. Deux conceptions de l’amour, deux visions paradoxales de l’engagement de soi, deux utopies incompatibles en somme et tout autour le monde qui gravite malgré tout, renforçant la sensation d’assister à un dialogue de sourd empreint de mélancolie. C’est en appuyant sur les errances du couple, en jouant sur la dynamique entre le collectif et l’individu que La première bande effectue un parallèle intéressant avec la jeunesse d’aujourd’hui, sous la pression constante du regard d’autrui et tellement tétanisée de passer à côté de bonheur qu’elle n’arrive plus à définir son essentiel.

Nous avions déjà eu l’occasion d’aborder le travail de La première bande avec leur précédente création « Les justes », cette jeune compagnie se distingue donc par une certaine exigence autour du texte. Ici avec « Le Misanthrope » c’est une belle réussite, la dramaturgie est resserrée, la scénographie troublante place l’intrigue au coeur de l’érotique des années 60, modernisant immédiatement le texte de Molière. Pour autant, il n’est pas question d’en faire une relecture et les deux metteures en scène vont s’accorder à sauvegarder l’essence de l’écriture  dans leur direction d’acteurs. C’est un travail remarquable qui est réalisé sur le verbe, sur la mélodie particulière de cette langue, une attention tout particulière est donnée à la déclamation, discipline dans laquelle Élie Salleron dans le rôle d’Alceste excelle. Malgré des inégalités dans la distribution et notamment sur ce travail de langue, l’ensemble tient et séduit. On regrettera cependant quelques artifices de mise en scène qui ne nourrissent pas l’action mais la ralentissent par endroits comme l’intégration dans le jeu au plateau des musiciens du spectacle. Si quelques longueurs persistent, le spectacle trouvera assurément rapidement son rythme de croisière. Difficile en tous cas de ne pas être enthousiasmés par cette équipe bourrée d’énergie et sa rigueur autour du texte.

Audrey Jean

« Le Misanthrope » d’après Le Misanthrope ou l’atrabilaire amoureux de Molière

Mise en scène de Marie Benati et Déborah Chantob

Avec Marie Benati, Louis Bussiere, Deborah Chantob, Quentin Dolmaire, Jéremy Galvez, Vincent Kambouchner, Clémence Lestang, Raphaël Marriq, et Élie Salleron

Création musique et interprètes live Martin Benati et Nicolas Stefanovic

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