Nicolas Bonneau, comédien et metteur en scène est depuis 2 ans le Directeur du Festival « Traverses ! » qui propose un trait d’union entre les artistes et les Territoires. Ce Festival, qui débutera le 24 août prochain, est l’occasion de sortir le théâtre du carcan des grandes villes et mettre à l’honneur l’art de récit ou du conte dans les territoires. Ces restitutions dans des cadres patrimoniaux admirables est source de proximité, de chaleur et de convivialité. Découvrez notre entretien avec Nicolas Bonneau…

 © Gaëlle Evellin

Quelle est la spécificité de ce festival ?
La spécificité de notre Compagnie, la Voltige, est le collectage, c’est à dire un lien étroit que nous tissons avec les habitants des territoires. On organise des interviews et on s’inspire de leurs vies et de leurs parcours pour créer des spectacles qu’ils découvriront par la suite. Ce principe, je l’avais expérimenté dans mes spectacles. Le 1er spectacle, qui m’avait connaitre, était autour du monde ouvrier, Sortie d’Usine. Dans mon spectacle Qui va garder les enfants ?, il s’agissait de retours sur des femmes politiques. C’est une marque du travail globalement depuis 15 ans : tout ce travail de collectage et de création par ma Compagnie ! Ce festival est donc le prolongement naturel. Ce collectage constitue un aller retour avec le territoire, avec la région dans laquelle est installée la Compagnie. Je me sers également du territoire géographique qui comprend 24 communes pour nourrir ces créations.

Combien de temps a maturé ce projet de festival ?
Depuis 8 ans nous réalisons avec des veillées chez l’habitant ou des portraits chez l’habitant. Récemment, j’ai passé une semaine dans la ferme d’une agricultrice suivie d’une restitution devant 200 personnes dans ce même lieu. Par ailleurs, j’ai rouvert des cafés fermés afin de réintroduire un petit peu d’art sans forcément amener la culture avec un grand C. Et durant une semaine, le public a pu découvrir des spectacles. Ce sont plein de petits détails où il est possible de faire de l’art avec les gens au quotidien. Ce travail-là a marqué les territoires. La Communauté de communes du Haut Val de Sèvres, où nous sommes installés, s’occupait d’un festival de contes qui était en train de s’essouffler. Elle nous a  alors proposé de le reprendre Nous avons accepté en proposant une vision plus moderne.

N’était-ce pas là une prise de risque importante ?
Il est un peu tôt pour en faire le bilan mais je peux vous affirmer qu’en effet que c’est lourd pour une compagnie de théâtre. Je ne peux pas trop en parler pour l’instant mais il faudra que j’en tire les conséquences. Est-ce qu’une compagnie de théâtre peut en même temps diriger un festival ?

Rentrez-vous dans vos frais ?
Nous nous payons très mal là-dessus. La question est de savoir si cette activité ne met pas en danger la compagnie parce cela nous prend beaucoup de temps que nous pourrions utiliser pour créer. C’est une question qui m’agite actuellement. Je n’ai pas encore la réponse.

A quelle hauteur êtes-vous subventionné par la communauté de communes ?
C’est elle qui abonde à hauteur de 40.000 €. C’est un véritable engagement politique de sa part. Nous sommes arrivés avec plein d’ambitions et ils nous ont suivi il y a 2 ans. Par les temps qui courent, ce n’est pas si fréquent… et le reste est versé par la DRAC, le Département et la Région.De son côté, la compagnie met du temps à disposition et des moyens humains par voie de salaires.

Combien avez-vous de bénévoles et de salariés ?
une soixantaine de bénévoles et 5 salariés.

Comment s’articule l’itinérance de ce festival ?
L’idée est concerner le plus de communes possibles, et donc créer une itinérance. en découvrant des lieux patrimoniaux ou peu connus des habitants. C’est le cahier des charges. J’avais imaginé que chaque année un chapiteau s’installe dans un village et qu’ensuite on irrigue à partir de chapiteau. Mais il y avait un lieu, un village central.

Cette année avec la Covid, nous avons du revoir notre copie. Il était compliqué d’avoir un chapiteau.  Nous avons failli annuler le festival. Nous avons demandé aux élus de prendre un peu de temps avant de prendre cette décision. Finalement nous avons décidé de le faire en changeant la formule. Chaque soir, nous serons en itinérance dans un village différent mais sans chapiteau. Dans 7 villages différents, nous installerons 2 scènes, une scène pour le spectacle, une petite scène pour des spectacles ouverts, un côté cabaret. Autour de ces scènes, il y aura un bistrot, un restaurant, une librairie et une scène mobiles. Ainsi, nous recréerons un lien de convivialité dans le village. L’après-midi, nous présenterons dans d’autres lieux des spectacles à destination du jeune public. Comme vous pouvez le constatez ce sera assez intense car chaque jour il nous faudra monter et démonter dans 2 villages.

A cause des contraintes sanitaires, tout se fait en extérieur et nous avons réduit réduit la jauge (80 à 110 au lieu de 300). Distanciation et masques requis. Nous disposons d’une autorisation de la Préfecture sur 3 jours. Nous sommes dans l’attente de l’autorisation pour les jours suivants. Nous sommes confiants car politiquement notre festival a du sens. Ce festival me plait car le monde du théâtre est par essence dans un entre-soi bien souvent avec les mêmes publics et dans une relation un peu bourgeoise. l’attrait majeur de ce festival est au contraire son accessibilité à tous.

Pour la suite, quels enseignements en retirerez-vous de cette édition 2020 ?
Si cette année, nous arrivons à vivre des moments magiques tous ensemble avec ces petites jauges et dans de beaux endroits, nous pourrons créer une alchimie propre à nous rendre  plus forts l’année prochaine. Notre but est de gagner la confiance des bénévoles, des élus, des artistes et des habitants.

Cette année, La covid aura permis une proximité accrue avec les territoires à travers ce festival ?
Oui et un besoin d’histoire. Les habitants penseront aussi que ce festival a une âme et qu’ils doivent s’y investir.

Combien y a t il de spectacles et comment les artistes ont été sélectionnés ?
16 spectacles. On a pris la moitié des artistes auparavant programmés sous le chapiteau. Malheureusement nous n’avons pas pu prendre tout le monde. Ceux qui ne figurent pas au programme de cette édition seront reconduit l’an prochain. Nous avons choisi en priorité des artistes qui renouvellent l’art du récit, l’art de la parole, et l’art du conte avec un regard contemporain sur le monde qui nous entoure. Cela peut être le Théâtre du Prisme qui se trouve à Villeneuve d’Ascq, Arnaud Anckaert, avec un texte d’auteur, celui de Duncan Mc Millan. Ce texte dispose d’une proximité avec l’adresse spécifique du conteur. Il y a donc des passerelles entre le théâtre et le récit. Nous avons découvert une jeune compagnie de théâtre qui s’appelle Théâtre Au Corps qui propose du théâtre dansé.  Je peux citer également Laura Cahen, musicienne et chanteuse parisienne dont les textes m’ont semblé intéressant à faire écouter dans un festival de récit. Sans oublier, un comédien plus connu comme Jérôme Rouger avec son spectacle « je me souviens » inspiré de Pérec qui est un très beau spectacle et désormais ancien. Par ailleurs j’ai fait une commande auprès d’une compagnie autour de Maupassant. Voilà comment renouveler les arts de la parole et du récit ! Un art dont je fais également partie pour animer cette dynamique dans ce festival sur l’art du conteur.

Quelle sera selon vous l’affluence pour cette année si particulière ?
Notre objectif est d’être complet sur nos petites jauges. Je suis confiant. Et je souhaiterais qu’autour de 19h à 21h que notre bistrot nomade où nous délivrons  nourriture et boissons deviennent un lieu d’échanges et de partage.

Propos recueillis par Laurent Schteiner

 

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