A l’occasion du Festival d’Avignon où William Mesguich dispose d’une quadruple actualité, il nous semblait de bon ton de nous entretenir avec cet artiste multi-facettes qui est tour à tour comédien et metteur en scène. Présent dans ce festival avec 4 spectacles (Olympia ou la mécanique des sentiments, Pompiers, Liberté et Chagrin pour soi), William Mesguich revient sur sa carrière et nous fait partager ses passions et ses attentes. Un très bel entretien !

Expliquez-nous comment vous parvenez à gérer votre quadruple actualité à Avignon ?
Défendre quatre pièces nécessite de l’envie, et elle est là, évidemment, de l’endurance, voire de  la résistance, j’en possède encore, donc, j’en profite, et de l’organisation, et de ce côté là, les choses se sont bien agencées de telle sorte que j’ai pu être présent sur les quatre projets de manière efficace, sérieuse et avec le plaisir que me procurent ces tentatives théâtrales dans des genres très différents. Il se trouve que 2 des projets existaient avant Avignon, ce qui facilite quand même les choses, (Il est très compliqué de créer des spectacles à Avignon car les conditions sont difficiles). J’ai, par ailleurs, toujours eu l’habitude de faire beaucoup de choses à la fois, c’est, donc, une situation que j’affectionne et qui ne me pose pas plus de problèmes que ça.

Pensez-vous que cette activité prolifique constitue pour vous un tournant ou une transition au regard de votre attachement professionnel à votre père ?
– J’ai toujours beaucoup joué avec ma compagnie, le théâtre de l’Étreinte, depuis 20 ans, j’ai mis en scène une trentaine de spectacles, j’ ai travaillé à de nombreuses reprises à la télé, à la radio, organisé des stages de théâtre, fait le récitant. J’ai, c’est vrai, joué, depuis 20 ans une douzaine de fois sous la direction de mon père, mais cet Avignon, n’est pas, pour autant,  un « tournant » vis à vis de mon père, c’est une tentative d’aller ailleurs, de rencontrer d’autres artistes. J’ai eu le bonheur de travailler avec le magnifique auteur et comédien, clown-poète, Gauthier Fourcade, qui m’a demandé de l’accompagner sur son nouveau projet « Liberté« , (avec un point d’exclamation), j’ai été contacté pour travailler en tant que comédien, cette fois, par Serge Barbuscia, le formidable metteur en scène-comédien-directeur du théâtre du Balcon pour « Pompiers » de Jean-Benoit Patricot et par la talentueuse et bienveillante metteuse en scène-comédienne Virginie Lemoine pour une comédie « Chagrin pour soi » qu’elle a écrite avec la drolissime et touchante Sophie Forte -ce qui est nouveau pour moi-

– Pour « Olympia ou la mécanique des sentiments« , spectacle théâtral et musical, c’est une complicité entre ma compagnie et celle de la chanteuse Magali Paliès, (coïncidences vocales). Un projet qui me tient à cœur car il m’a fait m’aventurer dans l’univers musical (3 chanteurs et 3 musiciens sont sur scène) et inventer dans des conditions qui m’étaient peu familières (travailler à partir d’un livret, trouver la complicité avec le compositeur etc…). Pas de tournant ou de transition, donc, mais la découverte d’artistes merveilleux et une volonté irrépressible de créer, de rire, de pleurer, de partager. C’est véritablement toutes ces choses qui m’animent. L’admiration que j’ai pour mon père ne m’a pas quitté et nous retravaillerons ensemble, c’est sûr.

Vous êtes fier de tous ces spectacles que vous défendez ici. Lequel vous touche le plus et pourquoi ?
je suis vraiment heureux de travailler sur ces quatre spectacles. J’aime les gens avec lesquels je suis sur scène ou en dehors et je ne peux pas dire que je préfère tel ou tel projet. Ils sont différents et me procurent tous de la joie. Il y a bien sûr des moments parfois compliqués, (mettre en scène un jongleur de mots iconoclaste et inclassable ou des chanteurs, interpréter un pompier qui a abusé d’une jeune femme déficiente mentalement ou slalomer dans  l’univers de la comédie, ne sont pas des choses aisées). Mais c’est du bonheur, car l’invention, l’exigence, le plaisir de se tromper, de chercher, de recommencer, de rire comme des enfants- malgré la « pression » du résultats, quelques doutes ou tensions inévitables et vitaux- sont bien présents au sein de ces équipes artistiques et cela me ravit au plus haut point. Mais, non, vraiment, pas de préférence.

Vous êtes en fonction de ces spectacles Metteur en scène ou comédien. Que préférez-vous ?
– Là aussi, difficile de choisir. J’aime infiniment les deux. Peut-être que ces dernières années, j’avais pris plus de plaisir à jouer, à être sur scène, mais « Olympia ou la mécanique des sentiments » et le seul en scène de Gauthier Fourcade m’ont redonné le goût de la mise en scène. J’ai aussi fait les lumières de ces deux spectacles et j’ai beaucoup aimé.

– Pour ce qui est de l’interprétation, j’ai toujours adoré me transformer, j’admire les acteurs-caméléons, ceux qui tentent des folies avec leur visage, leur corps. J’essaie modestement d’être plein d’autres en moi, et ils sont nombreux, que je ne suis pas dans la vie de tous les jours. J’ai, en ce moment, des propositions de mise en scène et de comédien à égalité, je vais, donc, continuer à frayer dans ces deux mondes. Par contre, je ne jouerai plus dans les spectacles que je mets en scène. Difficile d’être dedans et dehors (je l’ai souvent fait depuis 20 ans et souhaite me concentrer sur le jeu sur scène ou la direction d’acteurs depuis la salle, si j’ose dire.)

Quels spectacles allons-nous retrouver à la rentrée à Paris ?
j’interpréterai le »dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo à partir du 29 août, jusqu’au 3 novembre, au Studio Hébertot, dans une mise en scène de François Bourcier et mettrai en scène « Misérables » d’après Victor Hugo, décidément, dans une adaptation de Charlotte Escamez. Un spectacle en direction du jeune public. Ce sera à partir du 8 novembre au théâtre Paris Plaine. Beaucoup de représentation en tournée entre novembre et décembre et deux spectacles à Paris, en tant que comédien, à partir de janvier 2018. Il y a aussi de nombreux projets, déjà, pour Avignon 2018. Mais un peu secrets et puis, il s’agit de se concentrer sur cet Avignon 2017 très excitant.

Comment avez-vous travaillé en amont ces 4 pièces ?
Difficile de parler de la préparation de ces projets. Ils sont tellement différents. J’ai l’habitude d’apprendre mes textes dans la rue, en marchant. J’ai, donc, énormément marché!

– J’aime l’apprentissage des textes, c’est parfois laborieux, fastidieux, épuisant, mais tellement agréable quand les mots sont inscrits dans la mémoire ou dans le corps. Un sentiment assez indescriptible. La maîtrise d’une langue, d’un rythme, d’un phrasé, d’une diction. C’est difficile mais exaltant car quand on maîtrise les mots, le champs des possibles est infini. Tout est envisageable. Les choses les plus étonnantes inattendues peuvent voir le jour et les sons, les sens peuvent sonner, tonner et bouleverser.
– Posséder avec soi les mots qu’on doit restituer est grisant, excitant. C’est un bonheur que de dire les mots, les malaxer, les faire vibrer pour en entendre les sons les plus fous, les sens les plus minoritaires.
– Pour préparer des spectacles, il faut du travail, encore du travail. Fournir des efforts pour atteindre une sorte d’excellence. C’est par le labeur, l’exigence et le plaisir qu’on atteint les plus belles choses. J’espère continuer à aller dans cette direction.
Propos recueillis par Laurent Schteiner

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