Le théâtre Louis-Jouvet nous convie actuellement à un opéra de Philippe Glass d’après ce célèbre roman de Jean Cocteau. Force est de constater que ce spectacle communie avec la musique, le chant et la poésie. Le plaisir de cet opéra de chambre est vécu grâce au talent des trois pianistes qui œuvrent sous la houlette d’Emmanuel Olivier. Le spectacle, servi par quatre chanteurs qui constituent les protagonistes de cet opéra, s’appuie sur une astucieuse scénographie dont la dimension cimente le tout avec précision.

 

Le thème « d’une chambre pour seul royaume » a longtemps hanté Cocteau. Son ami de toujours, Christian Bérard, lui avait jadis narré une histoire fusionnelle entre un frère et une sœur. L’ironie du sort trouve Cocteau dans une même chambre, mais cette fois de convalescence d’une clinique de Saint Cloud, en 1929, alors qu’il tente de se désintoxiquer de ses démons opiacés. Cette conjonction de lieu lui donne l’idée de créer une œuvre forte, fusionnelle et romantique. Cette œuvre baigne dans le parfum d’un Raymond Radiguet parti trop tôt. Deux frère et sœurs, Paul et Elisabeth, s’accrochent l’un à l’autre, enfiévrés d’un amour possessif qui les dévore jusqu’à la mort. Leur existence se résume à une somme de désires, de provocations, de jalousies et d’affrontements qui les animera jusqu’à la fin.

 

La musique accompagne la poésie du propos avec éclat. Elle souligne l’argument à chaque instant ainsi qu’une scénographie originale. Des images projetées sur un écran composent les différents décors du spectacle. Là encore, la poésie s’apprécie par des changements de scénographie. De la profondeur de la chambre de Paul et d’Elisabeth aux fenêtres de la demeure de Michael, tout est surréaliste et romantique. Stéphane Vérité, qui signe cette merveilleuse scénographie, fait montre d’un grand talent dans la conduite artistique de ce projet. Il a su traduire, entre autres, le caractère érotique d’Elisabeth, qui imprime sensualité et émotion dans son corps. On regrettera que ce spectacle esthétisant prime sur un juste partage d’émotion. Cette prime nous aurait comblé. Mais ne boudons pas ce plaisir de revoir ces enfants terribles au Théâtre Athénée-Louis Jouvet, là, où Christian Bérard fut décorateur de son état. Le destin est parfois facétieux.

 

Laurent Schteiner    

 

Les enfants terribles de Jean Cocteau

Opéra de Philippe Glass

Direction musicale d’Emmanuel Olivier

Mise en scène de Stéphane Vérité

Adaptation de Philippe Glass et Susan Marshall

Avec Guillaume Andrieux (Paul), Chloé Briot (Elisabeth), Amaya Dominguez (Agathe) et Olivier Dumait (Gérard et le narrateur)

Scénographie  et lumières : Stéphane Vérité

Costumes : Hervé Poeydomenge

Conception numérique : Romain Sosso et Stéphane Vérité

Production des images : Romain Sosso

Les pianistes : Anne-Céline Barrère, Nicolaï Maslenko et Emmanuel Olivier

 

Théâtre Athénée-Louis Jouvet

Square de l’Opéra Louis Jouvet

7 rue Boudreau

75009 Paris

Résa : 01 53 05 19 19

www.athenee-theatre.com

du 23 novembre au 2 décembre

 

 

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