Les pratiques artistiques, et maintenant ?
par Sonia Leplat

Maintenant, on s’adapte. On ouvre avec prudence, mais on ouvre.
On avance moins vite, mais on avance.
On observe. On s’écoute ?

Ces deux mois de confinement ont témoigné d’une certaine effervescence de créativité : initiatives personnelles, amatrices, collectives ou individuelles, privées ou institutionnelles, journaux, live, etc. ont fleuri sur la toile, dans une nécessité d’expression singulière reliée à une expérience collective, avec les moyens du bord. Pendant deux mois, il a été possible, légitime, encouragé, de créer soi-même les conditions ludiques ou poétiques d’une évasion à partager. Pour le meilleur et pour le pire.

De cadrages approximatifs en lits défaits, la vidéo s’est affirmée comme acte de connexion à des fins artistiques, plus seulement comme fin en soi, mais comme un levier d’expression, de partage, de jeu, d’expérience, de participation. Le son, lui-aussi, trouve sa place : lectures pour petits et grands, podcasts. Entre saturation et émotion, j’observe ces reflets d’envies conjuguées aux possibles.
Que Zoom ait servi et serve encore de salle de répétition n’est ni bien ni mal, c’est un fait.
Que certaines personnes aient envie, besoin, de se retrouver « en vrai » tandis que d’autres préfèrent rester chez elles, attendent d’être sûres, n’est ni bien ni mal, c’est un fait.
Que des mises en scènes s’emparent des distances physiques imposées pour se jouer de la distanciation sociale, n’est ni bien ni mal, c’est un fait.

Je ne sais pas ce que sera demain mais je sais ce qui se passe aujourd’hui : la nécessité d’un meilleur équilibre entre partage d’expériences et diffusion. Les « spectacles » ne reprendront pas « comme avant ». Comment intéresser, concerner, impliquer, toucher, celles et ceux qu’on appelle « publics » ? Quel temps peut-on y mettre ? Quel prix a la présence d’un artiste sur un territoire ? Quelle reconnaissance pour les pratiques artistiques en amateur ? Quelle place ont-elles dans les politiques culturelles ?

Frontière(s), le projet de territoire de la MPAA dans le 20ème arrondissement, s’est poursuivi pendant le confinement : ateliers confinés, E-théâtre, liens à distance entre les gens, amateurs, pros, partenaires confondus. « Frontière(s) » n’est pas un spectacle, c’est une expérience. Une aventure vivante dont l’ADN est social et artistique : l’autre est perçu·e dans ses capacités et l’œuvre vécue dans l’espace public. Grâce à l’envie de toutes et tous, et à l’inventivité des artistes, notamment de Pier Lamandé, le rendez-vous est maintenu, le samedi 26 septembre, dans le respect des mesures qui s’imposent, en toute souplesse artistique.

La Ville de Paris a eu l’intuition d’une alternative majeure : celle de la pratique artistique pour elle-même, pour le bonheur de le faire, non reliée à l’EAC ou à l’action culturelle. Il est urgent de s’emparer de l’implication par la pratique et de prendre en compte ces heures de travail, seul·e ou en collectif, dans une nécessité de faire qui n’est pas financière, et de l’immensité des possibles en matière de lien social et humain.

La pratique artistique amatrice sort de l’ombre des politiques culturelles. Elle a certes besoin de moyens, de lieux, mais avant tout de reconnaissance et de légitimité. De mise en lien sur un territoire, de cohérence avec les programmations professionnelles, dans un dialogue qui nourrit ce qui existe, ce qui se crée, ce qui s’invente. Elle est au cœur des questions de proximité, de circuits courts, de biens communs, de participation.
Elle a à offrir aussi. Du temps. Une forme de liberté. Une autre manière de faire exister l’espace public. D’un balcon à l’autre, mais pas seulement.

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