Le théâtre 13 nous propose actuellement une chronique familiale irlandaise du début du siècle dernier signée Bian Friel, Danser à la Lughnasa. Ce spectacle, fruit d’un magnifique travail de mise en scène de Gaëlle Bourgeois est une ballade irlandaise étincelante aux accents « tchekhoviens ».  

Pendant les fêtes de la Lughnasa en 1936, une fête dont les origines se perdent dans la mythologie celtique, la famille Mundy se débat dans les difficultés économiques que connait alors tout ressortissant d’Irlande. Michaël, le narrateur revient sur son enfance où il partageait sa vie entre sa mère et ses quatre tantes. Si les complications de l’existence ne manquaient pas, cette famille en tirait toujours le meilleur sur l’adversité, comme le sel de la terre. Ces femmes indépendantes et solitaires exprimaient leur force et leur courage dans leur unité. Kate, l’aînée était l’âme de cette fratrie. Elle organisait leur vie d’une main de maître. Mais, le personnage central de la pièce était plutôt ce poste T.S.F qui trônait dans la maison et qui fonctionnait de façon aléatoire. Il prenait tout l’espace lorsqu’il se décidait à remplir l’âtre familial de musique celte ou de danses déclenchant ainsi une joie de vivre immédiatement communicative masquant ainsi les tracas quotidiens.

Cet univers féminin sera marqué cet été-là par l’arrivée de deux hommes qui viendront troubler l’équilibre et l’harmonie de cette petite communauté soudée. L’oncle Jack, revenu mourant d’Ouganda après avoir passé 25 ans à servir dans une léproserie et Gerry Evans, le charismatique père de Michaël, toujours absent. Mais 1936 est une année charnière pour l’Europe : le Front Populaire s’installe en France, la guerre d’Espagne bat son plein et les brigades internationales socialistes, initiées par la Russie, font parler d’elles. L’Irlande, elle-même, se transforme. Essentiellement agricole, elle développe un tissu industriel bouleversant l’équilibre financier précaire des familles. Les ménages irlandais doivent s’adapter à cette nouvelle donne. Parfois dans la souffrance.

Ce spectacle riche, profond et sensible brasse, en toile de fond, une foule d’événements bouleversant le quotidien de cette famille. Les aspirations des uns et des autres seront le catalyseur d’une fin annoncée de cette famille pourtant unie. Cette promenade empreinte de nostalgie, en cet été 1936, nous convie sur des chemins où la légèreté, la joie de vivre sont rythmées au son de cette T.S.F. qui obérait les aléas de l’existence.

Gaëlle Bourgeois a réalisé un brillant objet théâtral appelant un travail colossal. Les comédiens, tous investis, nous livrent cette belle histoire avec brio. Les personnages sont denses et puissants. La scénographie encercle les protagonistes définissant ainsi l’espace de la maison familiale.

Il en ressort l’odeur caractéristique de la tourbe mâtinée de l’air marin des côtes où flottent avec nostalgie les accords lointains de cette musique qui nourrit l’âme de la fière Irlande…

Laurent Schteiner

 

Danser à la Lughnasa de Brian FRIEL
Adaptation de Alain DELAHAYE
Mise en scène de Gaëlle BOURGEOIS

avec Nicolas BRESTEAU (Gerry Evans), Emilie CHESNAIS en alternance avec Caroline STEFANUCCI (Maggie Mundy), Bruno FORGET (Jack Mundy), Pauline GARDEL (Christina Mundy), Vincent MARGUET (Michaël Mundy), Céline PERRA (Kate Mundy), Jennifer RIHOUEY ( Agnès Mundy), et Pauline CASSAN en alternance avec Mathilde ROEHRICH (Rose Mundy)

  • Assistante à la mise en scène : Caroline STEFANUCCI
  • Dramaturgie : Raphaël THET
  • Chorégraphie : Yana MAIZEL
  • Lumières : Charly HOVÉ
  • Costumes : Perrine RITTER
  • Accessoires : Anaïs FAVRE
  • © Caroline STEFANUCCI

Théâtre 13
103A boulevard Blanqui
75013 Paris
www.theatre13.com

Locations : 01 45 88 62 22

jusqu’au 13 octobre 2019, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

 

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