Le Théâtre de La commune d’Aubervilliers programme une nouvelle pièce d’actualité, une commande artistique en prise avec les réalités du territoire proposée cette fois à un trio d’artistes Olivier Coulon-Jablonka, Sima Khatami et Alice Carré. En immersion au sein des foyers et centres d’hébergement du Fort d’Aubervilliers durant un an, ces derniers donnent naissance à une forme documentaire, un relai tendu entre l’image et la parole qui donne à voir le quotidien et les interrogations de ces occupants précaires et isolés.

Le Fort d’Aubervilliers est une grande zone en friche enclavée dans Pantin, et à l’heure du Grand Paris et des Futurs Jeux Olympiques les mètres carrés valent de l’or dans la banlieue nord parisienne. Au coeur du site, de grandes tours qui ont connu par le passé diverses utilisations, la gendarmerie nationale par exemple y avait ses quartiers jusqu’en 2015 ce qui donne encore du sens aujourd’hui au surnom qu’on leur prête : les tours de gendarme. C’est dorénavant un ensemble de foyers de travailleurs et de centres d’hébergement d’urgence qui a pris place dans les murs abritant en son sein des occupants aux destinées diverses et au futur incertain. Expulsables à tout moment, sans aucune information sur l’après ou sur un relogement ils nous livrent leurs histoires sans sourciller, avec toute la dignité que les épreuves ont pourtant tant essayé de leur enlever. C’est un temps de rencontre et d’écoute. C’est une parole qu’on entend rarement, des visages invisibles, des corps aux démarches mal assurées. De nombreuses actions de médiation culturelle, des ateliers, des temps de discussions et de prises de témoignages qui ont au fil de l’année d’immersion ont constitué la trame du projet. Ainsi on perçoit dans la démarche le temps qu’il a fallu pour récolter non pas uniquement les récits de vie de chacun mais surtout la confiance, et l’envie de témoigner, de dire la réalité si triste, si dure soit-elle. Des récits de vie cabossées, des parcours chaotiques pour arriver là, dans les tours de gendarme à la merci d’une décision politique cynique. Cet endroit c’est souvent le dernier recours, l’appel récurrent et infructueux au 115, le refuge pour ceux qui à bout de forces ont besoin de souffler. Fuir la guerre, se remettre d’un accident, essayer tant bien que mal d’en finir avec la pauvreté et l’exclusion, ils ont tous bien plus que ce lieu en commun. Les images filmées et les témoignages au plateau se succèdent et s’entrelacent tissant une cartographie éprouvante de la misère aux portes de Paris.  En guise de confrontation finale le documentaire donne la parole au préfet de Seine St Denis le mettant face à quelques uns de ces récits délivrés non sans humour. S’en suit une réaction politicienne déconnectée, désabusée, presque risible après la violence de ce que l’on vient d’écouter. Restent la colère, l’indignation et le sentiment de voir sur ces images finales toute l’absurdité de ce monde déshumanisé.

Audrey Jean

Pièce d’actualité n15 La Trêve

Conception et écriture Olivier Coulon-Jablonka, Sima Khatami et Alice Carré
Avec les résidents du centre d’hébergement d’urgence de Fort d’Aubervilliers, et des paroles d’urbanistes

Jusqu’au 25 Septembre à La Commune d’Aubervilliers
Jeudi à 19H30
Vendredi à 20H30

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