…HIC SUNT LEONES aux Confluences.  190 rue de Charonne. Paris 20e.
www.confluences.net
Les samedi 5 et dimanche 6 octobre à 20h30 (1h30)
Compagnie C.O.C
Auteur & metteur en scène : Pierre Vincent Chapus

Des cagoules, des cassettes, des corps usés, des corps neufs, des drones, des armes grotesques.
Le futur sera primitif, le présent primaire. …hic sunt leones, c’est une méchante farce où le parcours d’un groupe hardcore et la correspondance entre un ermite et sa fille s’entrechoquent. L’interrogation «quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?» est renversée : à quels enfants laissons nous ce monde ?

Hic Sunt Leones

Note d’intention

Hic sunt leones… Ici, il y a des lions. Cette phrase latine était utilisée par les géographes au Moyen-âge quand ceux-ci, incapables de dessiner les contours d’un monde, masquaient les bornes de leur connaissance par cette mise en garde. Gare à celui qui va vers l’inexploré, il sera dévoré…

A travers ce spectacle, je cherche à explorer par un délire brut un territoire contemporain assez semblable à celui dans lequel nous vivons. Celui-ci sera tout entier habité par le hardcore, ce vocable anglais pouvant signifier à la fois radicalité, pureté et outre-passement des limites. Ainsi, un religieux vivant jusqu’à la maladie sa foi, un terroriste ayant choisi la mort pour porter son message et un artiste refusant toute compromission pour son geste peuvent, tous les trois, être qualifiés de hardcore.

Afin de pouvoir embrasser toutes les acceptions de ce terme, je vais donc enchevêtrer dans un même récit le terrorisme, dieu et la musique. Pour cela, les figures de Saint-François d’Assise, Théodore Kaczynski (dit The Unabomber) et Brian Wilson du groupe de pop The Beach Boys inspireront ce projet. Ces trois trajectoires représentent à mes yeux des incarnations crédibles du hardcore pour des raisons parfois extrêmement différentes, voire parfois opposées (Saint François d’Assise, le frère des pauvres, ravive le message chrétien au début du 13ème siècle, tandis que Theodore Kaczynski fabrique entre 1978 et 1995 des colis piégés destinés à tuer ceux qu’ils voient comme des apôtres d’une société antinaturelle).

Dès lors, naît une fantaisie où se juxtaposeront le récit d’un groupe de musique bruitiste en pleine ascension enregistrant son deuxième album (celui de la reconnaissance) et le quotidien d’un ermite vivant caché dans les bois qui entretient une correspondance avec sa fille (il lui conte ses journées sous la forme de poèmes pastoraux, elle lui « répond » par des visions effroyables et des chansons).
Toute la narration sera sous-tendue par des interrogations sur les différentes attitudes à choisir pour affronter le monde (choisir la violence, choisir le retrait, choisir la contemplation…) et sur les manières possibles de protéger ceux que l’on aime de ses désordres. Cette seconde préoccupation permettra de reprendre à notre compte le questionnement de Jorge Semprun (« quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? »), non pas tant pour y répondre, mais plutôt pour inverser le sens de l’interrogation (« à quels enfants laissons-nous le monde ? »).

Pour explorer cette dialectique, je compte m’appuyer sur une équipe de comédiens composée pour moitié des personnes en situation de grande précarité avec lesquelles je travaille depuis bientôt quatre ans et de jeunes comédiens.
Leur cohabitation sur une aire de jeu en forme de long corridor permettra de fabriquer aussi bien des moments de confrontation matérialisés par des chœurs antagonistes (parents contre enfants) que des moments d’harmonie, multiplication de séquences très simplement chorégraphiées venant en contrepoint des péripéties représentées.

M’appuyant sur un texte écrit pendant une résidence de 6 mois à La Ferme du Bohneur, la langue s’inspirera autant des prières de Saint François d’Assise (Cantique des créatures), des chansons des Beach Boys (A day in a life of a tree, ‘Til I die, Wind chimes) que de mes observations et impressions sensibles glanées dans ce lieurefuge coincé entre une voie de RER et des barres d’immeuble.

Je tiens enfin à ce qu’il n’y ait pas d’ironie dans l’incarnation, même si pour les interprètes et le spectateur tout tendra dans la forme vers l’idiotie, le primitivisme, le primaire. Ce premier degré devra avoir la force des mises en garde, des imprécations, des prophéties. A l’image des cérémonies faites aux dieux Haoukas dans le film Les Maîtres fous de Jean Rouch et des tableaux de Magritte pendant sa période dite vache, …hic sunt leones s’emploiera à décrire un monde prêtant autant au ridicule qu’à l’horreur.

Pierre Vincent Chapus
FESTIVAL PERIL JEUNE 2013

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