Vendredi 15 et samedi 16 novembre 2013

« Ma vie tombe en morceaux. » Tel un cri sorti du cœur. « Morcelée » serait l’adjectif qui permettrait de qualifier la vie de ces jeunes gens que nous voyons évoluer sur scène. Ces fragments de vie qui se déroulent de manière chronologique renvoient au choix d’une scénographie décharnée et cisaillée.

C’est l’histoire de quatre personnages, quatre vies étouffées, quatre parcours différents avec ses questions, ses doutes, ses angoisses. C’est le tableau d’une société en crise qui se dessine sous nos yeux où l’individu est perdu et isolé malgré la nécessité de trouver un sens à son existence. Car ce monde impose le bonheur comme une nécessité : cette pièce de Lars Norén révèle cette dégradation de l’identité par le simple fait de ne pas se sentir vivant non seulement en soi mais aussi et surtout avec l’autre.

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Erik, Ann, Emma et Stephan : quatre trajectoires entremêlées. Pendant une quinzaine d’années, ces couples s’échangent, se perdent et se retrouvent. Une grande tension surgit de ces histoires qui se mélangent jusqu’à l’explosion finale. La crise du désir se fait ressentir et vient s’ajouter à la crise du lien social dans laquelle baigne la pièce. Le titre de celle-ci n’a pas été choisi au hasard : de multiples « détails » forment ces quatre portraits et le spectateur est mis à contribution pour recoller les morceaux. On ne sait plus qui ils sont, ils ne savent plus eux-mêmes quelle place adopter. Le temps manque à ces personnes en rage de vivre quelque chose de vrai.

 Dans une ambiance calfeutrée, tel un sanctuaire, la scénographie vient épouser les espaces vides et propose au spectateur d’imaginer le reste.

C’est dans une langue truffée de répétitions et de non-dits que Lars Norén nous embarque au bord du précipice du langage ; c’est avec un humour hérissé d’absurdité et grinçant que l’auteur suédois parvient à nous faire prendre conscience de la réalité d’un monde. Le constat d’un monde qui est devenu sourd face aux appels des individus téméraires. Se déroulant dans les années 90, cette pièce trace les sillons de notre monde actuel.

D’une grande exigence, la metteuse en scène, également comédienne, Lena Paugam propose une très belle mise en scène où chaque personnage prend corps à la pièce. L’extrême rapidité des dialogues à certains moments confirme le talent de ces jeunes comédiens. Sur des détails, l’essentiel s’impose : l’autre ne recèlerait-il pas tous les désirs qui permettraient de conjurer la mort ?

 « On donne tout le temps trop avec si peu en retour. Tout à coup tu es une épave. Un déchet. Il n’y a plus rien qui bat. Si personne ne me dit rien, je peux rester assis ici une éternité. »

 

Coline Rouge

Détails de Lars Norén

Compagnie Lynceus-Théâtre

 

Théâtre Confluences

190 rue de Charonnes 

75011 Paris

www.confluences.net

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