Le Théâtre des Déchargeurs nous convie actuellement à une œuvre étonnante, La bête ordinaire de Stéphanie Marchais. Cette pièce déroutante, aux allures de conte cruel, nous entraîne sur les chemins tortueux de l’enfance. Stéphanie Marchais nous offre, à l’instar d’un Lewis Carol, une œuvre inscrite dans les années 70, fascinante, poétique et noire. L’auteure a choisi de tordre les contours de la carte de l’enfance afin de mieux en observer ces transformations dans le décor d’une société urbaine.

Ce faisant, Stéphanie Marchais jette les bases d’une métamorphose du corps d’une petite fille aux accents fantastiques à la lisière de l’anormal. Une métamorphose du corps d’une enfant de 7 ans qui découvre ses changements avec impréparation et candeur. Un contexte familial inexistant ou fantasmé tient lieu de fil rouge dans son histoire. Le fantasme demeure omniprésent dans cette œuvre où le père fait défaut. Un père fantasmé qui prend les traits de Jacques Mesrine, l’ennemi public numéro 1 de l’époque.

Elle a 7 ans et ses mamelons ont poussé subitement appelant d’autres transformations. Cette puberté précoce inexpliquée et perturbante alimente ses inquiétudes et sa révolte. Elle combat sa solitude grâce à ce cheval de manège, cette bête ordinaire et fantastique qui la rassure. Prenant le parti de s’en amuser afin de prendre le meilleur sur sa singularité, elle entreprend de sortir de son isolement en exhibant son corps à des « grands » de la primaire. L’enjeu pour elle revient à sublimer son corps afin de se façonner une image acceptable. Prenant conscience du pouvoir qu’elle peut désormais exercer, elle en retire une rentabilité inespérée.

Stéphanie Marchais pousse la dichotomie de la personnalité en entretenant un dialogue constant entre cette petite fille et le jeune femme qu’elle sera plus tard. De sorte que les paroles d’adultes fusent dans la bouche d’enfant où la poésie et le charnel se répondent de façon troublante. Dénonçant les perturbateurs endocriniens dont on commençait à prendre conscience dans ces années 70, l’auteure a choisi de dépeindre le mépris des différents acteurs notre société dont la rentabilité est le maître mot.

Cette pièce chorale écrite entre réalisme et fantastique offre un univers particulier d’où la beauté émerge de la noirceur grâce à une langue poétique et charnelle. La musique essentielle dans le propos nourrit une atmosphère propre aux univers décrits.

La mise en scène  de Véronique Bellegarde est rigoureuse, minutieuse et aboutie. Fidèle à l’oeuvre même de l’auteure, elle nous entraîne dans les arcanes de ce conte moderne où la violence urbaine n’a jamais été aussi forte sacrifiant la chose la plus sacrée de notre humanité, l’Enfance. Saluons la performance de Jade Fortineau troublante dans cette multiplicité de couleurs façonnant le canevas de l’identité féminine actuelle.

Laurent Schteiner

 

Une Bête ordinaire de Stéphanie Marchais
Mise en scène de Véronique Bellegarde

avec Jade Fortineau et Philippe Thibault (musique)

  • Assistanat à la mise en scène : François Dumont
  • Création sonore et musique : Philippe Thibault
  • Lumière : Philippe Sazerat
  • Costumes : Gérard Viard
  • Administration : Valentine Spindler
  • Photos : Philippe Delacroix

Les Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs
75001 Paris
locations : 01 42 36 00 50
www.lesdechargeurs.fr

du 5 au 30 novembre 2019, du mardi au samedi à 19h

 

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