Claude Bonin nous propose actuellement au Théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie un spectacle de toute beauté, La lettre à Helga. Ce spectacle renversant et quasi hypnotique nous plonge dans l’univers de Bergsveinn Birgisson, une œuvre toute en finesse et en profondeur à découvrir d’urgence.

Bjarni Gislason, fermier islandais de son état, la barbe fournie et la démarche alourdie par le poids des ans entreprend de nous conter les choix qui ont guidés sa vie sur sa terre natale. Une existence rude au milieu de sa bergerie. Utilisant une langue poétique et parfois familière, il entreprend de se raconter à travers une lettre afin de clore le dernier chapitre de sa vie. C’est là dans cette bergerie recouverte de planches aux interstices filtrant la lumière qu’il a reçu les premiers rayons de son amour pour Helga. Marié à Unnur et vivant en face de la ferme d’Helga et d’Hallgrimur, son mari, il revit ses ébats passionnés avec celle qui restera l’amour de sa vie. Dans ce paysage tourmenté aux anfractuosités qui le composent, Bjarni n’y voyait que sensualité et amour. A ce titre, Helga était indissociable de cette terre.

Le texte magnifique de Bergsveinn Birgisson empreint de poésie et de profond réalisme ravive ce cadre balayé par les vents et les ondées soudaines et où les cœurs s’animent et où les corps exultent. Sur le versant de sa vie, Bjarni a compris que l’on demeure toujours maitre de son destin. Son appartenance viscérale à sa terre ne pouvait s’acclimater d’un quelconque changement de vie. Helga, un jour lui proposa de s’en aller vivre à Reykjavik. A cet instant précis, séduit par cette proposition, il ne put se soustraire à son profond enracinement à ce cadre de vie qui l’aimait et qui l’avait construit. De son choix par défaut et son incapacité à quitter la colline de Ljosuvöllur, Bjarni vécut un véritable enfer. Plus tard, il connut des velléités désespérées afin de réconcilier les fils épars de son amour déchu avec Helga. Mais le temps avait fait son œuvre et le fatalisme et l’apathie ont fait le reste. Cette lettre remplie d’amour, écrite au crépuscule de sa vie à sa bien-aimée qui n’est plus, sonne le glas de sa culpabilité qui l’a rongé toute sa vie…

Claude Bonin a su adapter avec talent cette œuvre forte en retranscrivant à merveille l’atmosphère de ce pays au climat peu clément. Servi par un merveilleux comédien, Roland Delpauw, qui assure en la circonstance une véritable performance. Sa force tranquille et sa puissance scénique installent l’œuvre et entrainent le public à sa suite dans cette vie aux occasions manquées. La scénographie pertinente se joue des spectateurs en leur suggérant des images soulignant l’état d’esprit de Bjarni. Enfin la musique de Nicolas Perrin et les images vidéo deviennent les témoignages colorés des paysages mentaux du vieil homme. Ce spectacle, qui brille de façon remarquable par sa finesse et sa profondeur, est à ne pas rater !

Laurent Schteiner

 

La lettre à Helga d’après l’eouvre de Bergsveinn BIRGISSON
Adaptation théâtrale de Claude BONIN et Bénédicte JACQUARD
Mise en scène de Claude BONIN

avec Roland DELPAUW

  • Assistanat et actions artistiques : Bénédicte JACQUARD
  • Stagiaire : Athéna PRUNEDDU
  • Création sonore : Nicolas PERRIN
  • Création vidéo : Valéry FAIDHERBE
  • Scénographie : Cynthia LHOPITALLIER
  • Création Lumière : Vincent HOUARD
  • © Photos : Bénédicte JACQUARD

Théâtre de l’Epée de Bois
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ de Manoeuvre
75012 Paris

tel : 01 48 08 39 74
www.eppedebois.com

Jusqu’au 22 décembre et ensuite les 11 et 12 janvier 2019 au Théâtre Jean Dasté / les Bords de Scène à Juvisy sur Orge

 

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