Hugo Paviot présentait il y a quelques jours au Théâtre Jean Vilar de Vitry un triptyque suivant le parcours d’un homme fascinant en proie à des tourments enfouis depuis l’enfance. « La trilogie d’Alexandre » se révèle être un passionnant voyage et offre avant tout à David Arribe une partition de premier choix. Au fil des spectacles en effet le personnage d’Alexandre grandit malgré un univers de violence et de cruauté, traversant au passage des grands événements de l’histoire du monde. Hugo Paviot réalise ainsi avec sa mise en scène une épopée particulièrement intense dont vous pourrez découvrir le dernier volet au festival d’Avignon cet été intitulé « Vivre ».

 

Les culs de plomb 

Le premier volet de cette trilogie plonge immédiatement Alexandre dans un flou total. Devenu mystérieusement autiste du jour au lendemain, il reste totalement hermétique au monde qui l’entoure essayant à sa manière de remettre en ordre les pièces du puzzle de sa vie antérieure. Aux côtés de sa fiancée et de l’assistante sociale de la clinique il tente d’apprivoiser une passion nouvelle pour l’astrophysique et d’en décrypter les codes. Première étape vers un passage à l’âge adulte plus serein, Alexandre fera face à des secrets indicibles enfouis au plus profond de son cerveau emmuré et partira à leurs recherches sous le soleil brûlant du désert algérien.

La Mante 

Si l’on retrouve un Alexandre en apparence apaisé, il n’en demeure pas moins torturé. Peintre mondialement connu son œuvre reste étrangement liée à l’image de sa muse Anna. Dans un rapport amour/haine continu avec son modèle Alexandre parvient à admettre que derrière sa muse c’est l’image de sa mère qu’il recherche avidement. Pour se libérer enfin de cette dictature et comprendre son passé il part à sa recherche. En toile de fond l’Espagne en conflit intérieur avec son histoire et le règne de Franco. Alexandre parviendra-t il à trouver la paix ?

« La mère : Je pars. Mais si tu regardes bien, à l’endroit où je ne serai plus, quelque chose de moi demeurera qui deviendra toi. Adieu. »

Vivre 

Alexandre a dorénavant donné de sa fortune et de sa personne pour aider les traumatismes des autres, il met à profit son passé de peintre pour accompagner les blessés de la vie et du monde. Invité par l’ambassadeur de France dans un grand pays au Moyen-Orient il saisit le regard d’une petite fille lors de la cérémonie, un regard perdu et déterminé. Quelques secondes plus tard un autre enfant fait exploser sa ceinture d’explosifs, la sienne aura fonctionné. Obsédé par les yeux de la petit fille et au péril de sa propre vie, Alexandre n’aura de cesse de la retrouver pour comprendre, pour la sauver, pour se sauver lui-même d’un monde noir qu’il ne supporte plus.

En apparence le postulat de départ parait relativement simple, les dialogues presque triviaux. Mais au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue de l’une ou l’autre de ces pièces le maillage du filet se resserre autour de son personnage principal et place le lecteur au cœur d une intrigue lourde, chargée et presque policière. Le coeur de cette intrigue c’est le monde qui nous entoure. Hugo Paviot parvient au travers de ce triptyque a mettre en parallèle l’histoire personnelle de son héros et la grande histoire du monde. Une recontextualisation qui humanise les grands conflits de notre siècle, grâce à leur personnification ils deviennent réels et concrets, donc profondément insupportables, notamment dans le dernier spectacle « Vivre » dont la résonance avec l’actualité ne peut laisser indifférent. Dans un style particulièrement fluide c’est une véritable quête initiatique qu’Hugo Paviot nous propose de vivre aux côtés de son Alexandre, personnage opaque dont on découvre les failles au fil des spectacles, mais c’est aussi une façon d’être au monde, intense et engagée. Nous avançons à tâtons à l’instar d’Alexandre, hagards face à l’inconnu qui arrive mais en marche pour affronter nos démons. La scénographie est d’une sobriété remarquable, le plateau est nu et se transforme au gré des découpes de lumières, toute la place est faite pour que l’acteur se révèle, avec brio. La distribution est intégralement brillante mais impossible de ne pas saluer la performance de David Arribe désincarné et brûlant à la fois d’une rage sourde, la force d’un combattant face à un monde qui se désagrège lentement. À découvrir donc au Festival d’Avignon dans le monologue « Vivre ».

Audrey Jean

« La trilogie d’Alexandre » texte et mise en scène d’ Hugo Paviot 

Les culs de plombs avec David Arribe, Aïni Iften, Lætitia Poulalion et Sophie Stalport
La mante avec David Arribe, Paula Brunet Sancho, Delphine Serina
Vivre avec David Arribe

« Vivre » sera du 7 au 30 Juillet au Festival D’Avignon
Présence Pasteur à 12h30

 

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