Le théâtre de l’Odéon met à l’honneur l’œuvre monumentale de Dostoïevski, les Frères Karamazov. En guise d’introduction, Sylvain Creuzevault nous propose le Grand Inquisiteur tiré d’après son ouvrage éponyme. Flirtant avec le grotesque, Sylvain Creuzevault explore cette œuvre puissante dont les allégations et les réflexions résonnent encore jusqu’à nous. Cette création préfigure la suite, Les Frères Karamazov, qui sera prochainement à l’affiche  de l’Odéon.

La puissance divine est très présente dans l’oeuvre de Dostoïevski. Elle constitue une source de tourments qui pèse sur tous ses personnages. A ce titre, Le Grand Inquisiteur n’échappe pas à la règle en posant avec acuité la question de Dieu. A son origine, le mystère, le miracle et l’autorité guident la foi. Il ne serait y avoir de mystère sans une forme d’autorité. Il est impérieux d’obéir, sans réfléchir. Ce qui fera dire Ivan à Aliocha qu’il accepte le père mais pas son monde. Là où la liberté n’existe dans une forme d’oppression. La liberté, la vraie n’est que tentation. Refuser les tentations revient à renoncer à la liberté. La religion vue par les hommes et non par Dieu. Il y là une transgression inacceptable. Penser devient le signe de la culpabilité. Les années d’internement de Dostoïevski dans un camp en Sibérie après avoir cru mourir le renvoie vers une pulsion de mort, annonciatrice d’un sursaut de vie. Prendre conscience de sa liberté et renaître après cette expérience d’anéantissement le place dans la situation d’un joueur. On joue sa vie en permanence. Cette affirmation forcenée de la vie, face aux injonctions de contraintes temporelles et intemporelles, donne son réel sens à la vie.

Le spectacle, créé sous forme de farce, interroge les grands inquisiteurs connus au XXe et au XXIe siècle (de Donald Trump, à Margareth Thatcher en passant par Joseph Staline). Tous de grands inquisiteurs. Sylvain Creuzevault convoque également deux témoins essentiels et attentifs à la libération de la parole, à savoir Heiner Müller et Karl Marx. Philosophie, politique et poésie s’entrechoquent dans un monde « éduqué » depuis l’inquisition derrière les barreaux aliénants de la religion. Manipulation des masses à tous les niveaux sont ici abordés modernisant et prolongeant la pensée de Dostoïevski. Cette création exceptionnelle de Sylvain Creuzevault nous entraine dans un voyage au centre de nous-mêmes afin de dénoncer les mystificateurs et autres inquisiteurs. Les comédiens sont excellents évoluant tous dans des registres peu conventionnels. Saluons les interprétations truculentes de Nicolas Bouchaud et de Sylvain Creuzevault. Cette œuvre, loin d’être théâtralisée, ressort de façon brute et sans apparat. De la belle ouvrage !

Laurent Schteiner

 

Le Grand Inquisiteur d’après Fedor Dostoïevski
mise en scène de Sylvain Creuzevault

avec Nicolas Bouchaud, Sylvain Creuzevault, Servane Ducorps, Vladislav Galard, Arthur Igual, Sava Lolov, Frédéric Noailles et Sylvain Sounier

  • Traduction française : André Markowicz
  • Adaptation : Sylvain Creuzevault
  • Dramaturgie : Julien Allavena
  • Scénographie : Jean-Baptiste Bellon
  • Lumière : Vyara Stefanova
  • Création musique : Sylvaine Hélary et Antonin Rayon
  • Costumes : Gwendoline Bouget
  • Maquillage : Mityl Brimeur et Judith Scotto
  • Masques : Loïc Nébréda
  • Son : Michaël Schaller
  • Vidéo : Valentin Dabbadie
  • © photos Simon Gosselin

Odéon – théâtre de l’Europe
Place de l’Odéon
75006 Paris
Tel : 01 44 85 40 40 
www.theatre-odeoneu

du mardi au samedi à h, dimanche à 15h, jusqu’au  octobre 11 octobre 2020

ARCHIVES
SUIVEZ-NOUS
Facebook Flux RSS
Abonnez vous à la newsletter :
NE PAS MANQUER
A slider with the ID of 1 doesn't exist.