« Le Maître et Marguerite » achève cette semaine sa programmation au Théâtre de la Tempête avant de rejoindre le festival d’Avignon cet été. Cette adaptation d’Igor Mendjisky fait salle comble, séduisant par la foisonnance de ces propositions scéniques et la qualité de ses interprètes face à une partition incontestablement délicate. Les puristes adeptes du roman fleuve de Boulgakov seront peut-être frustrés de n’y retrouver que quelques fragments sélectionnés avec soin par Mendjisky, quant aux autres ils se laisseront à coups sûrs emportés par la fougue et l’inventivité de son théâtre.

Disons-le sans détour « le Maître et Marguerite » est un roman réputé inadaptable, en cause l’histoire qu’il renferme, une intrigue dense, à tiroirs et dont le personnage principal n’est rien de moins que le diable. Cette oeuvre de Mikhaïl Boulgakov se caractérise ainsi par un questionnement complexe au carrefour de la philosophie, de la spiritualité et de la métaphysique tout en mettant en scène des figures burlesques, des personnages plus loufoques les uns que les autres. Une matière mouvante tout simplement impossible à retranscrire telle quelle sur un plateau de théâtre, c’est bien là souvent d’ailleurs le propre de la littérature, sa richesse, sa folie. C’est cette folie pourtant qu’Igor Mendjisky retrouve intacte sur son plateau; comme à son habitude il met en place, grâce à de brillantes trouvailles scénographiques et un rapport scène/salle déstructuré, une atmosphère délirante dont il a le secret.  Son adaptation aura certes simplifié l’enchevêtrement des trois histoires, à savoir la rencontre entre Ponce Pilate et Yeshoua Ha-Nozri alias Jésus d’une part, la romance entre le Maître et Marguerite d’autre part et enfin et non des moindres la visite du diable sur terre, elle n’en aura pas moins d’attraits. Soulignons par ailleurs le travail colossal des interprètes sur le texte, des scènes entières se jouent en araméen (surtitrés évidemment) avec une maîtrise absolument renversante. Pour autant le spectateur, éclairé ou néophyte quant à l’oeuvre de Boulgakov, se laisse entraîner par l’énergie débordante de cette équipe menée tambour battant par Romain Cottard irrésistible en Woland. Le reste de la distribution excelle par ailleurs, chacun s’illustrant dans plusieurs rôles avec talent. Alors on reprochera sûrement à Igor Mendjisky de ne pas être totalement fidèle à l’essence de Boulgakov mais en est-il finalement vraiment question ? Difficile de trop décrire ce spectacle sans en déflorer la fraicheur mais  il s’agit bien là d’une adaptation, du regard de Mendjisky sur cette oeuvre pharaonique, de son regard affûté, de sa curiosité et de son inventivité mises ici au service de cette histoire rocambolesque. Son émotion propre, une appropriation, un choc personnel qu’il nous transmet au travers de son adaptation festive et bordélique. Le spectacle est complet, il faut croire que le message est bien passé.

Audrey Jean

« Le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov

Adaptation et mise en scène d’Igor Mendjisky 

Avec Marc Arnaud en alternance avec Adrien Melin, Romain Cottard, Pierre Hiessler, Igor Mendjisky, Pauline Murris, Alexandre Soulié, Esther Van den Driessche en alternance avec Marion Déjardin, Yuriy Zavalnyouk

Théâtre de la Tempête

Du mardi au samedi à 20h
Dimanche à 16h

Festival d’Avignon du 6 au 27 Juillet au 11 Gilgamesh Belleville 

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