Le chef d’oeuvre de Virginia Woolf adapté par Alice Birch, Orlando, est actuellement à l’affiche du théâtre de l’Odéon. La mise en scène époustouflante de Katie Mitchell apporte à ce conte une grâce et une force incroyable. Qui est Orlando, homme puis femme ou femme en devenir dans cet homme ? L’auteure laisse le soin au lecteur ou ici au spectateur d’en décider. Virginia Woolf explore ces changements d’état avec bienveillance et humanité eu égard des variations d’opinion sensibles aux époques visitées.

Orlando est l’un des personnages les plus énigmatiques et  surprenants (les plus séduisants, aussi) de la littérature romanesque. Virginia Woolf s’amuse à rapporter la vie de l’impossible Orlando, né sous le règne d’Elizabeth I dans une famille de la plus haute noblesse, et dont l’existence se prolonge jusqu’aux temps où son histoire est publiée, le 11 octobre 1928. À cette date, Orlando n’a vieilli que d’une vingtaine d’années en trois siècles et demi, atteignant l’âge de 36 ans. Mais surtout, par une belle journée de mai, le héros se réveille héroïne… Orlando, enfant de la plus libre fantaisie (fortement  inspiré(e) par la romancière Vita Sackville-West, amante de Virginia Woolf), se joue ainsi de toutes les frontières.

« Orlando fut homme jusqu’à l’âge de trente ans; moment ou il devient une femme et l’est resté jusqu’à ce jour sans désemparer« . De cette vie où son caractère volage s’est exercé avec intensité, il ne reste qu’un halo de souvenirs après sa transformation en femme. Se découvrant en femme, Orlando accepte totalement la modification de son corps. Désormais, un univers insondable s’ouvre à elle, des terres inconnues à découvrir. Virginia Woolf interroge ce fantasme bien particulier de changer de sexe dans une autre vie. Mais l’auteure hâte le processus en l’imaginant dans la même vie sans heurt ni traumatisme. Elle s’amuse, à nos dépens, à brouiller nos repères. Décrivant les rencontres charnelles d’Orlando, elle décrit avec force sensualité et érotisme l’engagement sexuel de son personnage. « L’anatomie, c’est le destin ». (Freud)

Jenny König
© Katja kuhl

Katie Mitchell a réalisé un travail colossal mêlant la vidéo au jeu théâtral. Une narratrice allemande présente en régie nous restitue l’histoire dont les propos sont surtitrés en français sur des images vidéo projetées sur un écran. Tournées en extérieur, ces scènes promènent un certain regard sur les vies d’Orlando. Tournées en intérieur, elles sont filmées par une équipe de réalisateurs, d’ingénieurs du son et accessoiristes. la maîtrise du sujet est telle qu’on assiste à une fluidité incroyable du récit. Saluons la performance de Jenny König qui incarne Orlando avec un immense talent. Un spectacle étonnant à découvrir !

Laurent Schteiner

Orlando de Virginia WOOLF
adaptation d’Alice BIRCH
Traduction de Gernhild STEINBUCH
Mise en scène de Katie MITCHELL

en allemand, surtitré en français

Avec Ilknur BAHADIR, Philip DESCHAMPS, Cathlen GAWLICH, Carolin HAUPT, Jenny KÖNIG, Alessa LLINARES, Isabelle REDFERN, Konrad SINGER AUBERT et caméras Nadja KRÜGER et Sébastian PIRCHER, perchiste KESSISOGLOU

  • Collaboration artistique : Lily McLEISH
  • Scénographie : Alex EALES
  • Costumes : Sussie JUHLIN-WAHLEN
  • Conception visuelle : Grant GEE
  • Vidéo : Ingi BEKK
  • Collaboration à la vidéo : Ellie THOMPSON
  • Son : Melanie WILSON
  • Lumière : Antony DORAN
  • Dramaturgie : Nils HAAARMANN
  • Production : SCHAUBÜHNE BERLIN
  • © Katja kuhl

Théâtre de l’Odéon – Théâtre de l’Europe
Place de l’Odéon
75006 Paris

www.theatre-odeon.eu

jusqu’au 29 septembre 2019 à 20h

 

 

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