Le théâtre de l’Epée de Bois nous propose actuellement une jolie fable Ploutos, l’argent Dieu d’après Aristophane. Olivier Cruveiller a adapté ce texte en le modernisant afin d’en éprouver toute la veine comique de ce poète grec. Le propos philosophique de cette fable, qui ne ressemble à nul autre, s’avère drôle et décalé mettant en scène la Vanité de l’homme.

Comment rendre comique le thème de l’argent sachant qu’il continue d’agiter nos sociétés depuis des lustres ? Sur ce point Aristophane n’est en rien démodé.  Philippe Lanton, qui en a assuré la mise en scène, se place dans ce prolongement visionnaire d’Aristophane.

Ploutos, dans la mythologie grecque, était désigné comme le Dieu de la richesse et de l’abondance. Zeus, afin d’éviter qu’il ne devienne le bienfaiteur des hommes et menace ainsi son pouvoir, décide le rendre aveugle. De fait, les biens distribués par Ploutos sont garantis aux plus aisés. Cependant, Chrémyle, un citoyen clairvoyant d’Athènes, souhaite lui rendre la vue afin que sa distribution touche les plus nécessiteux. Derrière cette jolie métaphore, on devine que la cécité du cœur est davantage vécue comme un handicap social. Ce parallèle s’applique également à notre société du XXIe siècle. Rendu voyant grâce à l’intervention conjuguée de Chrémyle et d’Esculape, Ploutos entreprend de mettre en oeuvre le projet de Chrémyle.

Soudain, une allégorie apparaît en la personne de la Pauvreté. Tel un effet papillon, cette nouvelle attribution de richesse provoque déséquilibre et amertume susceptibles de perturber l’harmonie originelle. Quelles valeurs donner aux plus nécessiteux si on leur donne tout ? Ce nouveau monde désormais perverti est appelé à se perdre.

Mais l’édification d’un tel système connait ses limites. Les tenants de l’ancien système totalement désarmés sont perdus et n’ont plus de raison d’espérer. La perte de leur statut et de leur travail les affectent profondément jusqu’au Dieu Hermès qui se plaint de ne plus recevoir d’offrandes. Si la morale éprouvée de cette fable souligne la question de l’argent et du bonheur, Aristophane joue avec ces valeurs en prenant le parti de se moquer de ses congénères.

Oliver Cruveiller poursuit son œuvre en apportant des éléments actuels et inhérents à notre société telles que l’intelligence artificielle ou encore les nanotechnologies. Les comédiens réalisent une très belle partition en réalisant ce spectacle riche et décalé. Les respirations musicales en raccord avec le thème constituent autant de clins d’œil comiques. En nourrissant de riches apports à cette pièce, Philippe Lanton a su donner un tour déjanté tout en respectant le fil de l’œuvre d’Aristophane. Un très beau travail !

Laurent Schteiner

 

Ploutos, l’argent Dieu d’après Aristophane
Adaptation d’Olivier Cruveiller
Mise en scène de Philippe Lanton

Avec Nathalie Akoun, Evelyne Pelletier, Yves Buchin, Olivier Cruveiller, Mathias Jung, Christian Pageault et Nicolas Struve

  • Chorégraphies : Olivier Renouf
  • Conception sonore : Thomas Carpentier
  • Scénographie : Valérie Perrottet, Thomas Chevallier, Philippe Lanton
  • Création Lumière : Christelle Toussine, Philippe Lanton
  • Costumes Sabine Siégwalt
  • copyright Gabriel Kerbaol

Théâtre de l’Epée de Bois
Cartoucherie
roue du Champ de manœuvre
75012 Paris
locations : 01 48 08 18 75
wwwepeedebois.com

Du 9 au 26 janvier 2020
jeudi, vendredi, samedi à 20h30, samedi et dimanche à 17h

 

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