La Manufacture des Abbesses nous propose actuellement un spectacle singulier qui couvre une actualité toujours aussi brûlante. Saccage écrit par Judith Bernard n’est pas un spectacle comme les autres car il traduit une réalité sociale et profondément humaine. La mise en scène remarquable de Judith Bernard nous fait voyager entre les époques où la même trame dramaturgique se renouvelle avec force. La loi du saccage est malheureusement transverse.
Compte tenu des dernières mesures gouvernementales restrictives, ce spectacle se tiendra désormais les dimanches à 12h15.

Ce spectacle est plus que jamais au coeur d’une actualité qui maltraite et saccage le théâtre. Judith Bernard nous fait revivre deux moments clés de notre histoire très récente, à savoir les événements liés à la « Fac »de Vincennes en 1970 et ceux survenus dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Passant de l’un à l’autre de ces tableaux qui ont secoués la France, Judith Bernard met l’accent sur ces enclaves de liberté, d’espérance d’une vie nouvelle peut-être expérimentale qui se sont développées à cette occasion. Les focus sur ces deux lieux marquent un tournant dans les mentalités. Le déplacement de foyers de contestations « gauchistes » en 1970 a été acté en 1970 par leur déplacement à Vincennes, suite à la décision d’Edgar Faure, ministre de l’Education. Une université expérimentale, à statut dérogatoire a été créée. Des foyers d’idées forcément « gauchistes » bourgeonnent supportées par les chantres de de la philosophie et de la psychanalyse (Foucault, Lacan…). L’université répand alors un flot d’expérimentations sociales et philosophiques innovantes. En 2017, le projet de construction d’un aéroport du Grand-Ouest trouve sa pierre d’achoppement avec une levée de boucliers importante. Ce point de résistance qui regroupe écologistes, amoureux de la nature qui n’entendent pas voir s’installer un aéroport générant nuisances et pollution. Une enclave appelée ZAD se crée, réunissant, les opposants au projet. Sur ces deux foyers, l’Etat a créé un clivage où des aspirations nouvelles débouchent sur un laboratoire d’idées expérimentales. Sur cette base, Le pouvoir ne peut transiger et voir la puissance publique prise en défaut. Si la « Fac » de Vincennes a été liquidée, la ZAD a dû être éradiquée manu-milatari, suite à l’abandon du projet. A chaque fois, le pouvoir a provoqué un saccage d’idées qui contrevenaient à la bonne marche de l’Etat.

Les comédiens sont époustouflants, passant d’une époque à l’autre sans se départir. Ils nous entrainent dans ces événements qui ont secoué la France et dont l’Etat s’est rendu coupable de saccage. Judith Bernard et Caroline Gay forment un remarquable duo qui assure la narration et l’interprétation d’une foule de personnages. Saluons également la performance de Marc Le Gall en Jacques Lacan et Jean Vocat qui multiplie les rôles avec brio. Ce spectacle hautement pédagogique ouvre un débat sur un Etat devenu de plus en plus clivant qui n’hésite jamais à provoquer des saccages.

Laurent Schteiner

Saccage de Judith Bernard
Mise en scène de Judith Bernard

Avec Judith Bernard ou Pauline Christophe, Caroline Gay ou Toufan Manoutcheri, Antoine Joualou ou Jean Vocat, Marc Le Gall ou David Nazarenko

  • Création lumière : Samuel Halfon
  • Création sonore : Caroline Gay
  • Scénographie : Aurore Dupuy-Joly

Manufacture des Abbesses
7 rue Véron
75018 Pris
Tel : 01 42 33 42 03

www.manufacturedesabbesses.com

Tous les dimanches à 12h15

 

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