Jean Lambert-wild nous a  offert récemment, lors de 5 représentations exceptionnelles, War sweet war, un spectacle étonnant au théâtre des Célestins de Lyon. Force est de constater que le travail qui a entouré cette pièce particulière, est colossal. Jean Lambert-wild a accompli un véritable tour de force en mettant en scène une explosion d’émotions qui nous submerge face à l’indicible. L’un des aspects du talent d’un metteur en scène se compte également à sa soif de curiosité et son culot : Jean Lambert-wild est loin d’en manquer !

Ce spectacle repose sur un événement effroyablement tragique qui avait secoué la Bretagne il y a quelques années, à savoir l’infanticide de deux enfants. Les deux parents meurtriers s’étaient suicidés trois jours plus tard. C’est ce laps de temps qui crée l’indicible, l’horreur la plus totale. Au-delà des motivations inconnues qui ont présidées à cet acte horrible, les questions se pressent pour comprendre ce décalage de trois jours.

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Afin de nous faire pénétrer dans cette folie destructrice, Jean Lambert-wild, assisté de Stéphane Blanquet, s’est entouré de Jean-Luc Theminarias et Juha Marsalo. Ce spectacle, dénué de dialogues, est assis sur une base chorégraphique impressionnante où le corps retransmet toutes les émotions de l’âme avec une violence inouïe. Il convient de souligner le travail remarquable de Juha Marsalo qui nous propose les différents états de ce couple qui s’enfonce dans l’abime. La création sonore souligne le drame de façon oppressante et lancinante. Tout devient pesant et difficile à soutenir. Ces éléments sonores maintiennent le public sous tension.

La scène partagée de façon horizontale est habité par un couple en haut et un couple en bas. Nous voyons le drame se nouer dans l’appartement du haut et les derniers moments de ce même couple dans l’appartement du bas. Le couple du haut va progressivement rejoindre l’état de celui que l’on observe en bas, le temps faisant son œuvre.

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Jean Lambert-wild a réuni dans cette tragédie moderne tous les aspects des tragédies antiques en proposant une lecture horrifique où ces parents quasiment morts ne sont plus que des morts vivants. Le symbole de cette pluie noire qui recouvre peu à peu les murs rappelle les ballons noirs qui ornent la cuisine pour l’anniversaire d’un des enfants. Tout est noir jusqu’au plus profond de leur âme. Le couple du haut joue avec un masque jusqu’au moment où ils commettent l’irréparable. L’inscription « Home sweet home » jure désormais avec le titre de cette pièce. A ce moment précis, ils ôtent leurs masques affichant leurs visages. Le visage de la guerre. La guerre, que l’on connait, s’attaque désormais aux individus en les annihilant. Ils la vivent et la ressentent désormais au plus profond de leurs membres.

Dans un souci de perfection, Jean Lambert-wild a conçu ces deux couples en choisissant deux paires de jumeaux qui interprètent de façon exceptionnelle ces rôles très difficiles.

Ce spectacle hors-normes, avec sa connexion avec les tragédies grecques et notamment celle de Médée, ne peut souffrir d’aucun débat contradictoire en la matière. Et c’est tout à l’honneur de Jean Lambert-wild, qui nous avait proposé récemment un « En attendant Godot » décapant, de nous présenter ce spectacle avec une prise de risques qui force l’admiration. Un spectacle marquant qui n’en finit par de faire réfléchir !

Vous retrouverez l’interview de Jean Lambert-wild en fin d’article.

Laurent Schteiner

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Interview de Jean LAMBERT-wild

WAR SWEET WAR de Jean-LAMBERT-wild, stéphane BLANQUET, Jean-Luc THERMINARIAS et Juha MARSALO

Avec Olga et Elena BUDAEVA et Pierre et Charles PIETRI

Mise en scène Jean LAMBERT-wild

  • Création sonore : Jean-Luc THERMINARIAS
  • Dramaturgie : Jean LAMBERT-wild, Stéphane BLANQUET et Hervé BLUTSCH
  • Chorégraphie : Juha MARSALO
  • Lumière : Renaud LAGIER
  • Percussions : Jean-François OLIVER
  • Costumes : Annick SERRET
  • Accessoiriste : OLIVE
  • Scénographie : Stéphane BLANQUET, Jean LAMBER-wild
  • Assistant à la scénographie : Thierry VARENNE
  • Son : Christophe FARION
  • Interface sonore :  Luccio STIZ et Léopold FREY
  • Régie générale : GONZAG
  • Décor construit à la Comédie de Caen sous la direction de Benoit GONDOUIN
  • Photographies : Tristan JEANNE-VALES
  • Production déléguée : Théâtre de l’Union- Centre Dramatique National du Limousin
  • Production : Comédie de Caen – Centre Dramatique National de Normandie

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